rester authentique en photographie
Philosophie

Comment rester authentique en photographie ?

 

 

Quand j’avais 17 ans, j’adorais déjà faire de la photo.

Mais à l’époque, ce n’était pas ce qui me passionnait le plus. Je me passionnais pour autre chose, un sport : le cyclisme.

J’ai trouvé dans ce sport un moyen de me réaliser en tant que jeune adulte, physiquement et mentalement.

Après beaucoup de travail et d’entrainement, j’ai réussi à atteindre le meilleur niveau, et participé à des courses internationales, en France et à l’étranger. Mes vacances d’été, je les passais à gravir les cols alpins.

Et puis il y eut ce jour. J’assistais au passage du Tour de France à l’Alpe d’Huez, une étape mythique.

J’étais placé à quelques kilomètres de l’arrivée, équipé d’un appareil photo jetable, prêt à capturer l’image du premier coureur qui surgirait de la foule s’écartant au dernier moment. Je voulais faire une photo le plus près possible de lui, parce que je savais que si je le photographiais de trop loin, on ne le verrait pas sur la photo.

Il a surgi et je l’ai photographié.

Quelques semaines plus tard, de retour chez moi, je suis allé récupérer mes pellicules que j’avais déposé au labo photo pour y être développées. Le responsable photo sortit mes tirages afin de vérifier s’il n’y avait pas eu de problèmes au développement.

En parcourant les photos, il arriva à celle de l’Alpe d’Huez et s’arrêta. I

l me regarda et me dit : « c’est vraiment vous qui avez pris cette photo ? ».

Le lendemain, après m’avoir demandé la permission, ma photo était encadrée dans le hall du labo. Inutile de vous dire que j’étais fier… Mais avec le recul, je me rends compte que ce qui m’a fait le plus plaisir ce jour-là ce n’est pas mon image encadrée.

C’est d’avoir reçu l’avis positif d’un spécialiste qui m’a dit de continuer à faire de la photo.

Je crois que ma passion pour la photographie a pris racine en moi ce jour-là. Parce que cette photo représentait tous les efforts que j’avais mis pour la faire. Elle était authentique.

Il n’y a pas longtemps, j’y ai repensé et je me suis demandé en quoi ma photographie était toujours authentique, et comment réussir à le rester ?

 

  1. Rester authentique en photographie, c’est savoir qui on est

 

Au commencement de l’œuvre artistique, il y a l’artiste.

Je pense qu’il faut d’abord se connaître pour créer une photographie authentique.

Parce que l’œuvre artistique, quelle qu’elle soit, dans n’importe quelle forme d’art, pour qu’elle soit réussie, devra d’abord et avant tout être authentique.

La connaissance de soi favorise l’authenticité.

Mais pas seulement. Elle favorise aussi l’estime de soi et la confiance en soi.

Alors, vous pensez vous connaître, c’est peut-être effectivement le cas, mais pour la plupart des personnes, je me rends compte qu’elles ne se connaissent pas complètement. En fait, elles ont même tendance à ne connaître qu’une partie de leur personnalité.

Souvent, les personnes se focalisent sur leurs faiblesses, elles ont une vision plutôt négative d’elles-mêmes. Et c’est normal, comme tous les êtres humains, nous retenons plus facilement les mauvais moments de notre vie, les échecs et les déceptions, que les succès et les réussites.

De cette vision partielle de nous-même, nous construisons lentement, jour après jour, des pensées limitantes, qui nous empêchent d’accomplir certaines réalisations ou d’atteindre certains objectifs.

Il faut donc apprendre à se connaître complètement, de manière à vivre en accord avec soi-même selon ses valeurs, et non selon le regard des autres.

Il n’y a que de cette manière que vous vous réaliserez en tant qu’artiste.

Il n’y a que de cette manière que votre photographie sera authentique. Votre œuvre reflètera alors votre véritable personnalité et quoi qu’on en dise, elle sera réussie.

 

  1. Recevoir des avis constructifs et bienveillants

 

Lorsque quelqu’un me dit que mes photos sont belles, cela me fait plaisir.

Même si je sais qu’on ne peut porter un tel jugement de valeur sur une œuvre, cela me fait plaisir.

En réalité, lorsque quelqu’un vous fait ce compliment, c’est qu’il ou elle aime votre travail, il apprécie ce que vous faites. Au lieu de vous dire « vos photos sont belles, ou moches », on devrait plutôt dire « j’aime ce que vous faites ou je n’aime pas ce que vous faites ».

Cela n’engage que cette personne, et son voisin aura probablement un avis différent.

Si cette personne aime votre travail, c’est que vos œuvres lui parlent, vous parlez le même langage qu’elle. Cette personne vibre aux mêmes choses que vous. Mais la différence, c’est que vous, vous avez réussi à vous exprimer.

Le peintre va s’exprimer sur sa toile, le musicien sur sa guitare, et le photographe avec sa photographie.

Et c’est à ce moment que vous savez que votre photographie est authentique.

Parce que votre œuvre vient du cœur et elle touche le cœur des autres. On ne peut véritablement aimer quelque chose qui n’est pas vrai, pas sincère, pas unique.

 

  1. Ne pas copier les autres / être original

 

Quand je parle d’œuvre unique, je veux parler d’une œuvre originale, qui n’a pas été copiée sur quelqu’un d’autre.

À l’heure où nous passons notre vie sur les réseaux sociaux (les français sont les champions !), il n’a jamais été aussi facile et rapide de copier le travail des autres.

Pire, les conséquences sont désastreuses pour l’environnement, puisque tout le monde veut faire la même photo, aux mêmes endroits, en même temps…

Les réseaux sociaux, Instagram en tête, en sont les premiers responsables.

Cette réflexion m’a d’ailleurs été inspirée par Olivier, un des fidèles lecteur du blog que je remercie au passage, qui m’avait recommandé un article sur ce sujet. L’article en question, « Dénaturer le #nature sur Instagram » aborde le problème du point de vue écologique, et gestion des ressources face à ces hordes de touristes en tongs.

La tragédie se joue à des endroits hyper-beaux, devenus hyper-populaires parce qu’hyper-accessibles, hyper photographiés et hyper postés sur Instagram. Comme Joffre Lakes, rebaptisé « les Lacs à Likes »…

Moi, je l’aborde du point de vue de la personne créative, celle qui cherche à créer des photographies originales, authentiques.

La tragédie se joue sur le terrain aussi, parce que je suis ponctuellement impacté par ces comportements abusifs, mais elle se joue surtout sur Instagram. J’avais d’ailleurs écrit à l’époque un article sur ce sujet qui vous avez fait réagir.

Les photos se ressemblent de plus en plus, et on voit apparaître une uniformisation des compositions, des retouches

Nous arrivons tous les deux à la même conclusion : les sites sont en dangers et notre créativité aussi. Il suffit de se rendre sur le compte @instarepeat pour s’en rendre compte…Ce qui m’amène au point suivant.

 

rester authentique en photographie
Photo Stef Kocyla
  1. Créer pour nous-mêmes

 

Certaines personnes, dans n’importe quel domaine, pas seulement en photographie, seront toujours attirés par la gloire, le feu des projecteurs, et l’argent.

Seulement, je pense que nous devons bien faire la différence entre recevoir de la reconnaissance pour notre travail, qui nous permet de rester authentique justement, et chercher à faire ce qui plait, ce qui est tendance ou ce qui rapporte beaucoup d’argent.

Dans un cas vous créez d’abord pour vous et vous êtes authentique, dans l’autre vous créez pour les autres, et vous perdez une partie de votre personnalité.

Je pense que c’est ce qui motive la plupart des vrais artistes, ceux qui ne se soucient pas de comment va être accueilli leur prochain film, album ou encore de leur prochaine photographie. Vous les reconnaissez à leurs choix, qui ne sont pas toujours populaires.

Ce sont ces grands acteurs dont les films n’atteignent pas le box-office, ces chanteurs et musiciens dont les albums passent inaperçus, ou ces photographes dont les photos récoltent peu de likes sur Instagram.

Tous ont une chose en commun : ils font des choix pour eux-mêmes d’abord, ils créent pour eux avant tout.

Tant mieux si la critique est bonne, et tant pis si elle ne l’est pas…Ils n’ont pas besoin de cela pour exister.

En revanche, ils ont besoin de créer pour exister, ils ont besoin de s’exprimer de manière authentique. Le véritable artiste se soucie peu du regard des autres en fait…

 

  1. Rester authentique en photographie, c’est rester fidèle à soi-même

 

Rester authentique, c’est rester fidèle à soi-même.

Peu importe ce qu’en diront les autres, exprimer sa vision à travers son art est quelque chose de très personnel.

Comment y arriver si l’artiste n’est pas lui-même, s’il cherche à copier quelqu’un d’autre, ou s’il cherche à faire quelque chose qui ne lui ressemble pas mais qui se vend ? C’est tout le problème avec les réseaux sociaux, pour la photographie mais pour le reste aussi.

Certaines et certains veulent devenir populaire, et en très peu de temps. Mais ces personnes-là se perdent en chemin, ils perdent une partie d’elles-mêmes pour endosser un costume, pour se travestir en quelque chose qui ne leur ressemble pas.

C’est un peu comme si quelqu’un changeait sa personnalité pour plaire aux autres…

Que croyez-vous que cette personne ressentirait au fond d’elle-même ? Serait-elle bien dans ses baskets, heureuse de vivre ainsi, dans la peau d’un ou d’une autre ? Ou bien ce masque serait-il un peu trop lourd à porter, jouer un rôle aussi longtemps ne serait-il pas déprimant ?

Je pense qu’un artiste restera authentique s’il reste fidèle à lui-même, s’il ne triche pas, avec les autres et avec lui-même.

Ce qui est vrai dans les arts est vrai aussi dans la vie de tous les jours. Personnellement, je préfère les gens qui sont vrais, honnêtes, qui ne calculent pas et qui sont bienveillants.

 

Conclusion

 

Je pense que, comme pas mal de personnes qui créent une œuvre, je remets en question mon propre travail.

Suis-je toujours sur la bonne voie, la voie de l’authenticité ?

Je sais ce qui est populaire, je sais ce que demande le public sur les réseaux, mais est-ce que c’est ce que je veux, moi ?

Je sais que si je ne suis pas passionné par quelque chose, si je ne le sens pas dans mes tripes, ce ne sera pas quelque chose de bon. Pour moi, pour les autres. Parce que cela ne me ressemblera pas.

Et je pense cette recherche d’authenticité est fondamentale pour une autre grande quête, étroitement liée : la recherche de son propre style.

Comment trouver son style, sa signature visuelle pour un photographe, si l’on n’est pas authentique en photographie ?

Je vous invite d’ailleurs à lire cet article si vous êtes à la recherche de votre style en photographie. Beaucoup échouent parce qu’ils ne comprennent pas que c’est d’abord en étant eux-mêmes qu’on peut y arriver.

Voilà un billet très philosophique, mais c’est ce qui me plaît aussi en photographie, ne pas suivre le troupeau aveuglément et se poser les bonnes questions a toujours eu de l’importance pour moi, si vous avez lu jusqu’ici, je pense que vous êtes dans le même cas, n’est-ce pas…?

Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  

5 Comments

  • Olivier

    Bel article, Stef!

    J’y retrouve pas mal des questions que je me suis posé quand j’ai changé de vie professionnelle, lorsque je me suis rendu compte que jouer un rôle au boulot avait réussi à changer insidieusement la personne que j’étais, et pas dans le sens que je le souhaitais.

    Je trouve qu’en photo, comme dans quasiment n’importe quelle activité un peu solitaire (par cela, j’entend toute activité où les conséquences n’impacteront personne d’autre, à l’opposé d’un sport collectif par exemple où il faut en plus y ajouter l’art du compromis, sans pour autant se dévoyer), il faut savoir rester soi, et même s’acharner à rester soi en résistant aux appels des sirènes extérieures.
    Plus difficile à dire qu’à faire. Je pense qu’on a tous à un moment eu envie que nos photos plaisent à beaucoup de monde, on a tous recherché l’approbation des autres dans des commentaires élogieux. Mais comme tu l’exprimes, est ce qu’on retrouvera une partie de notre âme, de notre implication au moment donné, quand on regardera plus tard cette image certes populaire, mais qui diffère tellement de nous (par exemple, je ne mets dans mes photos que très rarement des êtres humains, alors que je sais pertinemment que cela parlerait à plus de gens. Mais bon, ce n’est pas ma vision du monde, et de la nature en particulier…)

    Je reste persuadé que si on pratique avec passion, avec sincérité, ça se retrouve forcément dans le résultat, en photo ou dans d’autres domaines. Alors ça ne plaira peut être qu’à très peu de gens, mais peu importe, ceux là auront trouvé la clé pour lire qui nous sommes, et leurs compliments seront bien plus précieux qu’un clic sur un cœur.
    L’autre difficulté étant de ne pas être borné, et au contraire de savoir faire le tri dans les conseils ou remarques pour améliorer son regard sans pour autant changer sa vision. Et s’inspirer des autres photographes qu’on apprécie, non pas pour les copier, mais pour incorporer une toute petite partie d’eux, celle qui a fait résonner quelque chose chez nous et qui est cohérente avec ce que l’on est.

    A bientôt 🙂

    Olivier

    PS : désolé pour le pavé 🙂

    • Stef Kocyla

      Merci beaucoup Olivier pour ce riche témoignage,
      je vois que tu te poses de bonnes questions aussi ! Oui, je pense que tu as raison et qu’il faut garder l’esprit ouvert à toutes les formes d’inspiration, y compris celles provenant des autres photographes. On a tous quelque chose à apprendre de quelqu’un, et personnellement je me suis trouvé quelques mentors à mes débuts (et qui m’inspirent encore aujourd’hui…) qui m’ont beaucoup aidé.
      À bientôt !

  • JEAN-FRANÇOIS DAMON

    Je vous rejoins a tous les deux,en ce qui me concerne a 72 balais je pense me connaître “un peu mieux” ;pour moi la photo est devenue une passion”égoïste” a la retraite;je ne photographie qu’au coup de coeur,j’ai visionné pas mal de clichés d’autres passionnés pour avoir des bases,et essayer de ne pas reproduire ce qui est déjà fait,dans la mesure du possible je me fais plaisir sans penser si cela plaira ou non.Voila ce que j’avais a dire; a +
    A la revoyeure!

    • Stef Kocyla

      Bonjour Jean-François,
      merci pour retour d’expérience très intéressant, j’aime bien votre façon de fonctionner, en faisant d’abord des photos pour vous-même, pour vous faire plaisir sans vous soucier de ce que les autres en diront…
      À bientôt !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Recevez la vidéo gratuitement -

Développez des photos ternes dans Lightroom