taguer
Réseaux Sociaux

Arrêtez de taguer les emplacements de vos photos !

Fraîchement rentré de quelques jours au cœur des Ardennes belges, allemandes et luxembourgeoises, me voilà devant mon ordi, prêt à développer mes photos. Je les passe en revue dans Lightroom, histoire de me remémorer tous les endroits que j’ai visité. En 3 jours, j’ai randonné sur 40 kms de chemins forestiers, de hautes fagnes ou de gorges étroites.

Comme la météo était particulièrement estivale – je pense que c’est la première fois de ma vie que je me promène en short et en T-shirt à la mi-octobre – les conditions de lumière étaient très bonnes. Toutes mes photos ont le même aspect, et certaines d’entre elles (celles prises en forêt)  se ressemblent beaucoup…au point de plus bien savoir précisément où je les ai prises…

C’est grave docteur ?

taguer
Photo Stef Kocyla

 

En fait, pas tellement. Il n’y a pas si longtemps, je mettais un point d’honneur à taguer les emplacements de mes photos, pensant que cela facilitait le lecteur à se projeter dans la photo. Un élément supplémentaire pour s’immerger en elle et vivre l’expérience que j’avais vécue.

Et puis j’ai vu cette vidéo de Mark DenneyEst-ce qu’Instagram détruit la photographie de paysage ? – qui m’a fait réfléchir. Dans cette vidéo, il partage son point de vue sur les côtés positifs et les côtés négatifs du réseau social. Mais dans son 3e point, il évoque l’impact d’Instagram sur les sites photographiés.

Ces sites qui étaient préservés sont de plus en plus saturés de touristes qui veulent tous faire cette même photo qu’ils ont vu sur leur réseau social favori. Ils se sont tous garés au grand parking qui n’existait pas il y a 10 ans, et ils font tous la queue pour prendre cette fameuse photo.

Avec cette masse de touristes et de photographes, le petit sentier qui menait au point de vue est devenu un chemin bétonné. Pire, les rangers des parcs nationaux américains ont dû fermer l’accès à plusieurs sites au cours des dernières années, pour cause de vandalisme. Alors, en quoi suis-je responsable ?

Leave nothing but footprints

taguer
Photo Stef Kocyla

 

La première façon dont je contribue à cette lente destruction est en voulant faire moi aussi les mêmes photos que tout le monde, parce que c’est à la mode sur Instagram. J’ai longuement évoqué mon ras-le-bol dans un précédent article sur ce réseau social, donc je ne vais pas continuer ici. Non, ce que je veux dire, c’est que je dois changer ma manière de prendre des photos.

Bien sûr, il y a des sites incontournables. Mais en fin de compte, quelle est notre valeur ajoutée si nous faisons un énième cliché du même endroit, sous le même angle avec la même lumière ? Je crois que ces clichés-là n’ont plus aucun intérêt. En revanche, juste à côté de ces endroits iconiques, se trouvent souvent de petites perles bien cachées, qui ne demandent qu’à être photographiées.

Je l’ai constaté lors de mon dernier voyage aux États-Unis, à Horseshoe Bend, Arizona, par exemple. C’est la première année qu’une barrière en métal clôture le bord de la falaise, sur une petite portion, la plus fréquentée. Ben oui, vu la foule qui s’y rend chaque jour, c’est étonnant qu’il n’y ait pas plus d’accidents…C’est quoi l’étape suivante : un observatoire en béton, un système de voiturettes électriques qui font la navette du parking au site, des vendeurs de crèmes glacées… ? Beurk…

To tag or not to tag ?

taguer
Photo Stef Kocyla – Arizona

 

Ma première responsabilité, en tant que photographe, c’est de faire en sorte que le paysage que je photographie soit préservé. Lorsque j’y suis physiquement, mais aussi après, lorsque je publie ma photo. Ce sont ces indications géographiques qui vont inciter les gens à se rendre au même endroit, pour faire la même photo.

Ce n’est pas que je ne veuille plus partager les coordonnées géographiques précises de mes photos, pour garder pour moi tout seul ces beaux endroits. Non, si je ne tague plus l’emplacement exact de mes photos, c’est pour d’abord préserver leur aspect. Et si quelqu’un veut vraiment savoir où un endroit se trouve, il n’a qu’à me le demander, je le lui donnerai sans problème !

Et puis, finalement, je me suis posé cette question : est-ce que taguer les emplacements ajoute de la valeur à la photo ? Vraiment, je veux dire. Je n’en suis pas convaincu. Dorénavant, je mets une indication sur la région ou le pays, ce qui suffit largement à se projeter dans la photo. Pas besoin de plus de précisions. Pour les sites connus, la question ne se pose même pas, tellement ils sont connus…

C’est peut-être la raison pour laquelle je ne suis encore jamais allé en Islande. Ce pays magnifique m’attire, comme tous les photographes, mais franchement, quand j’ouvre mon Instagram, les 5 premières photos que je vois, ce sont les mêmes sites avec le même style. Et ça ne me m’intéresse pas. Ça m’ennuie même… Je trouve que les photos se ressemblent toutes, elle est où la différence ??

Bon, je sais très bien que j’irai en Islande bientôt, mais certainement pour en tirer une moelle substantielle différente de ce que l’on trouve aujourd’hui. Et je prendrai des photos des sites Instagram pour moi tout seul, ou je ne prendrai même pas de photos, je profiterai du moment présent, égoïstement.

Conclusion

Je ne connais pas la solution à ce problème. Mais une chose est sûre, c’est que je peux agir à mon niveau pour que les paysages que je photographie restent intacts. En limitant leur accès à ceux qui ont vraiment envie de les admirer pour ce qu’ils sont, et non pas en faire un mauvais snapshot, le poster sur Instagram et puis s’en aller…

Je pense aussi que ne plus rechercher les emplacements précis de certains sites m’aidera dans mon travail photographique. Oui, je suis aussi de l’autre côté de la barrière, je fais des recherches lorsque je pars en voyage. Je me renseigne sur les différents spots, comme en ce moment dans les Alpes de l’Allgäu, dans le Sud de Allemagne.

Je crois que cette fois-ci, je vais aller à l’aventure, pour de bon. Sans trop préparer mes randos, sans trop me renseigner sur tel ou tel point de vue. Je vais vagabonder, et me laisser surprendre, qui sait, j’en reviendrai avec de belles surprises !

Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  

Moi c’est Stef, j'ai toujours aimé faire de la photo, mais j’ai commencé sérieusement à en faire en 2015, à l’occasion d’un voyage au Canada. Voyager est mon autre passion : partir à l’aventure, sac à dos, en road-trip, dans les plus beaux coins de la planète, le plus souvent sauvages. Combiner les 2 était donc une évidence, je partage avec vous sur ce blog mes années d’expérience, afin de vous inspirer à partir pour l’aventure, appareil photo à la main.

2 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *