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Conseils

Arrêtez de faire toujours les mêmes photos !

Il y a peu de temps, je publiais un article « arrêtez de taguer les emplacements de vos photos ». Voici aujourd’hui son corollaire, qui vous explique pourquoi vous devez essayer de faire des photos…différentes.

 

Au printemps dernier, je me trouvais sur la côte Ligure, en Italie. Très belle région, en particulier les villages des Cinque Terre. Nous étions fin avril, hors période scolaire en Italie, il y avait peu de monde, même s’il y a toujours des touristes dans « ce genre d’endroit ».

 

Justement, « ce genre d’endroit », c’est le cœur de mon sujet aujourd’hui. Par « ce genre d’endroit », je veux dire ces endroits très beaux et très touristiques. Ces endroits qui deviennent des attractions au fil du temps pour les touristes, mais malheureusement aussi pour les photographes.

 

Il y a une vue sur le village de Manarola qui est absolument superbe, surtout au coucher du soleil lorsque les maisons sont léchées par les derniers rayons. Lorsque je m’y suis rendu la première fois, je me suis retrouvé sur une ligne de trépieds dont l’appareil était toujours braqué dans la même direction.

 

Photo Stef Kocyla

 

 

Et je me suis rendu compte de l’absurdité de la chose…Voici pourquoi :

 

  1. La photographie de paysage doit rester une aventure

 

Pour moi, toute la beauté de la photographie de paysage se trouve d’abord dans son processus. Le cheminement qui mène à la construction de l’image est plus important que l’image en elle-même. L’image est la conséquence d’un processus. C’est un fruit.

 

Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir de nouveaux endroits, d’explorer de nouvelles contrées, même si je ne suis pas le premier. Là n’est pas le but. Le but est de revenir spirituellement plus riche que lorsque l’on est parti.

 

Je veux sentir les embruns du large, entendre l’appel de la forêt, ressentir l’excitation des grands départs. Alors bien sûr, d’autres auront déjà posé leurs trépieds avant moi dans ces endroits-là, mais ils seront peu nombreux en fin de compte.

 

À part les régions polaires et les profondeurs des océans, nous avons déjà exploré la surface de notre planète. « D’exploration » à proprement parler, il n’en n’existe pour ainsi dire plus. Le temps des Magellan, Livingston, Amundsen et consorts est révolu. C’est un fait : l’être humain a colonisé sa planète.

 

Non, ce dont je veux parler, c’est de l’aventure photographique. Aujourd’hui, je constate que chez certains photographes, le goût de l’aventure a disparu. Plus de place à la découverte, il s’agit plus de repérer la localisation d’une photo sur Instagram pour en faire des photos qui ont déjà été faites un million de fois auparavant. Mais ça rapporte des likes, comments & follow, alors… (cf l’article sur Instagram)

 

Alors bien évidemment, c’est cool de photographier un spot iconique, moi-même je le fais régulièrement. La différence, c’est que je garde ces clichés pour moi.

 

Non, je retire beaucoup plus de satisfaction lorsque j’ai travaillé dur pour faire un cliché, que lorsque j’ai marché moins d’un kilomètre du parking pour me retrouver en rang d’oignons avec d’autres photographes qui ont eu la même idée que moi ce matin-là.

 

C’est naturel si ces endroits attirent les photographes, après tout, ils ne sont pas superbes pour rien non plus. Leur beauté n’est pas usurpée. Et je respecte totalement le fait de les photographier.

 

Tout dépend des buts que l’on poursuit. Par exemple, si vous êtes débutant, il est normal et même conseillé de passer du temps dans ce genre d’endroits. Comme un artiste peintre étudie les œuvres des Maîtres, un photographe peut reproduire certaines photos à des fins d’apprentissage.

 

Mais je pense juste que ma photographie n’apportera rien en termes de valeur à toutes celles, superbes, déjà prises par mes confrères.

 

Quelle originalité aura ma photo ? Qu’aura-t-elle d’unique ? À part en faire un beau souvenir pour moi-même, qui intéressera-t-elle ?

 

Faire des photos originales de ces endroits est un vrai défi, qui vaut le coup d’être relevé. C’est quelque chose qui me pose beaucoup de difficultés, et je l’avoue, parfois, je cède à la tentation de la facilité.

 

Mais comment réussir à mieux photographier Hallstatt que de son point de vue classique ? C’est incontestablement le meilleur sur le village, et aussi beaux soient les autres, ils ne détrôneront pas celui-là ! Cette photo fera un beau tableau sur mon mur après tout…

 

Photo Stef Kocyla

 

À part le fait qu’ils sont très beaux, ces endroits sont super-photographiés pour plusieurs raisons :

  1. Ils sont très (trop ?) accessibles

 

Ce qui a contribué à rendre ces endroits populaires auprès des photographes, c’est avant tout leur accessibilité. Je m’explique : le photographe est comme n’importe quel autre être humain, il n’aime pas les choses compliquées parce que ça lui demande des efforts.

 

  • Le cas de l’Islande

 

Prenons l’Islande par exemple. Je suis certain que beaucoup d’entre vous y sont allés. À juste titre, avec ses paysages de ouf, l’Islande est une destination de rêve pour les photographes de paysage.

 

Seulement voilà, certains considèrent que cette île volcanique est sur-photographiée…vrai ou pas ? Je répondrai par oui et non. Même si je n’y ai pas (encore) mis les pieds, je suis persuadé que Kirkjufell n’a plus d’intérêt à être photographié, mais qu’il reste en revanche une quantité astronomique de petites pépites cachées dans les Highlands.

 

En fait, c’est comme la Tour Eiffel et Paris. Alors que je ne suis pas convaincu que votre photo de la Tour Eiffel soit différente des milliards d’autres photos sur ce monument, je suis sûr que Paris restera toujours une source d’inspiration pour les photographes. On pourra toujours faire des chefs d’œuvre à Paris.

 

Le problème de l’Islande, c’est qu’elle est devenue accessible au plus grand nombre depuis la crise financière de 2008. 3h30 de vol depuis Paris, des vols low cost, des spots incroyables accessibles depuis la route (et pas besoin d’un 4×4 pour faire le tour de l’île, des autobus le font très bien…).

 

Les chiffres ? En 2010, l’île a accueilli 488 000 touristes. En 2017 ils étaient 2,2 M… pour une population de 338 000 habitants.

 

Un bien pour un mal. Parce qu’on commence à voir les dégâts de ce tourisme-là…

 

Photo Trevor Cole

 

L’été dernier, un groupe de touristes français ont été verbalisés d’une amende de 3 200 € (si si vous avez bien lu, c’est l’équivalent des 400 000 couronnes islandaises de l’amende) pour avoir fait du hors-piste en 4×4 sur un terrain humide et boueux et endommagé l’environnement. Ça calme…

 

D’un autre côté, vivre un peu en Islande coûte cher, et celui qui veut explorer l’île doit se préparer physiquement, avoir du bon matos et retrouver son âme d’explorateur.

 

Alors pourquoi ne pas en faire un parc protégé, à l’image des parcs nationaux américains ? Leur accès est régulé par les Rangers et il est surveillé en permanence : le site est préservé.

 

À l’époque de Ansel Adams, le parc national de Yosemite était inconnu du public américain. Oui, ses photographies ont contribué à sa popularité, mais son objectif était d’abord de le préserver et de montrer à la société américaine qu’il fallait créer d’autres parcs ailleurs aux États-Unis pour protéger leur patrimoine.

 

  1. Le rôle des réseaux sociaux

 

Récemment, c’est le photographe néerlandais Albert Dros qui a attiré mon attention sur un lieu : la chapelle de Santa Giovanni dans les Dolomites. Il y a encore quelques années, elle était inconnue du grand public des photographes.

 

En 3 ans de temps, ce site est passé de quelques photographes par mois, à quelques dizaines par jour les meilleurs jours ! Une plateforme a même été aménagée pour que les photographes puissent y mettre leurs trépieds !

 

Il faut dire que la superbe photo d’Albert, et celles de quelques autres, ont mis une cible sur cette église des montagnes italiennes.

 

La morale de cette histoire : à part en faire une photo pour votre collection personnelle, ce qui est déjà très bien, il y a très peu de chances pour que vous réussissiez à en faire un petit chef d’œuvre d’originalité

 

 

Par contre, je vous invite à randonner dans les alentours, notamment jusqu’aux chalets d’alpages sur les hauteurs. Il y a vraiment des coins superbes qui n’attendent que votre appareil pour être capturés.

 

Les lieux sont plus accessibles matériellement mais aussi virtuellement. Grâce à Instagram, on peut savoir beaucoup de choses d’un endroit en particulier. Mais ce n’est pas là que le bât blesse.

 

L’un des mauvais côtés des réseaux sociaux, c’est qu’ils ont tué l’originalité. C’est devenu du copier/coller. Tout ce qui rapporte des likes est exploité à fond, peu importe combien ont fait la même photo avant…

 

Les vestes jaunes. Parlons un peu des vestes jaunes : une mode venue d’Instagram (mais j’aurai pu citer aussi le chapeau de cow-boy, la couverture aux motifs bariolés, la lanterne…) qui a créé une génération de vestes jaunes…

 

Je n’ai rien contre les vestes jaunes, mais je trouve ça hilarant de les voir à la queue sur une falaise des îles Féroé ou d’ailleurs ! Ça sonne presqu’aussi faux que le père Noël du centre commercial à côté de chez moi…

 

Mais là n’est pas le sujet, le fait est que les vestes jaunes occupent toujours et encore les mêmes endroits, vus et revus et archi-revus.

 

Photo Yoal Desurmont

 

Alors c’est peut-être mon côté anticonformiste qui veut ça mais moi, je n’aime pas faire comme tout le monde. Parce que je ne suis pas tout le monde.

 

  1. Le rôle de la technologie

 

Avec la démocratisation de la technologie – autrement dit des appareils photos de compet’ qui équipent nos smartphones, des reflex d’entrée de gamme qui sont performants – il n’y a jamais eu autant de personnes avec un appareil photo dans ses mains.

 

La tentation de prendre une photo, belle mais ô combien dépourvue d’originalité, est inévitable. C’est à ce moment-là que l’on repense à l’époque où les photographes étaient des pionniers et des iconoclastes, explorant les plus beaux paysages pour les montrer au reste du monde.

 

De nos jours, j’ai l’impression que les photographes sont davantage des personnes qui ne prennent pas de risques que des personnes qui acceptent d’en prendre.

 

Combien vont en effet préférer « assurer » faire des photos dont ils seront certains que la composition, le cadrage, la scène en général, leur procurera une belle photo ? Mais qui sera quelconque et insipide, qui n’aura pas ce petit supplément d’âme ?

 

Maintenant combien vont risquer une randonnée dans un endroit perdu, dont on sait peu de choses, mais qui selon les informations que l’on a, promet de belles surprises ? Ce genre de sorties dont vous pourrez rapporter un chef d’œuvre comme la bulle à Toto ?

 

Conclusion

 

Il est évident que certains endroits sur terre sont plus visités et photographiés que d’autres, c’est comme ça que fonctionne l’être humain et l’industrie du tourisme. Après tout, il n’existe qu’une seule Tour Eiffel et qu’un seul Kirkjufell !

Tout dépend de vos objectifs, si vous voulez apprendre avec un guide photo, alors vous visiterez ces lieux iconiques. Pour les mêmes raisons que les photographes animaliers vont photographier les lions dans la savane en safari.

Si vous voulez des photos pour décorer votre intérieur, idem.

Par contre, si vous voulez gagner de l’argent avec vos photos, si vous voulez créer des images rares, si vous voulez vous démarquer de la masse, alors il vous faudra sortir des sentiers battus.

Je préfère remplir mes disques durs de souvenirs incroyables après des tas d’aventures qui auront enrichi mon existence et emmené dans des endroits que je n’aurai jamais imaginés, et fait vivre de vraies rencontres.

L’exploration, c’est l’une de mes premières motivations. Je prends des photos pour l’aventure qu’elles me procurent, pas pour faire beau sur mon profil Instagram. Mes photos sont plus que des trophées.

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Moi c’est Stef, j'ai toujours aimé faire de la photo, mais j’ai commencé sérieusement à en faire en 2015, à l’occasion d’un voyage au Canada. Voyager est mon autre passion : partir à l’aventure, sac à dos, en road-trip, dans les plus beaux coins de la planète, le plus souvent sauvages. Combiner les 2 était donc une évidence, je partage avec vous sur ce blog mes années d’expérience, afin de vous inspirer à partir pour l’aventure, appareil photo à la main.

2 Comments

    • Stef Kocyla

      Merci beaucoup Olivier, oui très bonne idée, je suis certain qu’il y a d’autres sites moins connus qui méritent d’être photographiés. L’architecture en ville réserve parfois de bonnes surprises avec des lignes de fuite plus évidentes à repérer par exemple. Et puis la nuit, la ville prend un autre visage, surtout en ce moment avec les décorations de Noël ! À bientôt !

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